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Cochon, la Chêvre et le Mouton (Le)

(Recueil 2, Livre 8, Fable 12)

 

 

 

Une Chèvre, un Mouton, avec un Cochon gras,

Montés sur même char s'en allaient à la foire :

Leur divertissement ne les y portait pas ;

On s'en allait les vendre, à ce que dit l'histoire :

Le Charton n'avait pas dessein

De les mener voir Tabarin,

Dom Pourceau criait en chemin

Comme s'il avait eu cent Bouchers à ses trousses.

C'était une clameur à rendre les gens sourds :

Les autres animaux, créatures plus douces,

Bonnes gens, s'étonnaient qu'il criât au secours ;

Ils ne voyaient nul mal à craindre.

Le Charton dit au Porc : Qu'as-tu tant à te plaindre ?

Tu nous étourdis tous, que ne te tiens-tu coi ?

Ces deux personnes-ci plus honnêtes que toi,

Devraient t'apprendre à vivre, ou du moins à te taire.

Regarde ce Mouton ; a-t-il dit un seul mot ?

Il est sage. - Il est un sot,

Repartit le Cochon : s'il savait son affaire,

Il crierait comme moi, du haut de son gosier,

Et cette autre personne honnête

Crierait tout du haut de sa tête.

Ils pensent qu'on les veut seulement décharger,

La Chèvre de son lait, le Mouton de sa laine.

Je ne sais pas s'ils ont raison ;

Mais quant à moi, qui ne suis bon

Qu'à manger, ma mort est certaine.

Adieu mon toit et ma maison.

Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage :

Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain,

La plainte ni la peur ne changent le destin ;

Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.

 

JEAN DE LA FONTAINE

Livre 8, Fable 12

 

 

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