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Cerf malade (Le)

(Recueil 3, Livre 12, Fable 6)

 

 

En pays plein de cerfs un cerf tomba malade.

Incontinent maint camarade

Accourt à son grabat le voir, le secourir,

Le consoler du moins : multitude importune.

"Eh ! Messieurs, laissez-moi mourir.

Permettez qu'en forme commune

La Parque m'expédie, et finissez vos pleurs."

Point du tout : les consolateurs

De ce triste devoir tout au long s'acquittèrent ;

Quand il plut à Dieu s'en allèrent :

Ce ne fut pas sans boire un coup,

C'est-à-dire sans prendre un droit de pâturage.

Tous se mit à brouter les bois du voisinage.

La pitance du cerf en déchut de beaucoup;

Il ne trouva plus rien à frire.

D'un mal il tomba dans un pire

Et se vit réduit à la fin

A jeûner et mourir de faim.

Il en coûte à qui vous réclame,

Médecins du corps et de l'âme.

O temps, ô mœurs ! J'ai beau crier,

Tout le monde se fait payer.

JEAN DE LA FONTAINE

Livre XII, fable 6

 

 

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