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Renard, le Loup et le Cheval (Le)

(Recueil 3, Livre 12, Fable 17)

 

 

 

 Un renard, jeune encor, quoique des plus madrés,

Vit le premier Cheval qu'il eût vu de sa vie.

Il dit à certain Loup, franc novice : Accourez :

Un animal paît dans nos prés,

Beau, grand ; j'en ai la vue encor toute ravie.

- Est-il plus fort que nous ? dit le Loup en riant.

Fais-moi son Portrait, je te prie.

- Si j'étais quelque Peintre ou quelque Etudiant,

Repartit le Renard, j'avancerais la joie

Que vous aurez en le voyant.

Mais venez. Que sait-on ? peut-être est-ce une proie

Que la Fortune nous envoie.

Ils vont ; et le cheval, qu'à l'herbe on avait mis,

Assez peu curieux de semblables amis,

Fut presque sur le point d'enfiler la venelle.

Seigneur, dit le Renard, vos humbles serviteurs

Apprendraient volontiers comment on vous appelle.

Le Cheval, qui n'était dépourvu de cervelle,

Leur dit : Lisez mon nom, vous le pouvez, Messieurs :

Mon Cordonnier l'a mis autour de ma semelle.

Le Renard s'excusa sur son peu de savoir.

Mes parents, reprit-il, ne m'ont point fait instruire ;

Ils sont pauvres et n'ont qu'un trou pour tout avoir.

Ceux du Loup, gros Messieurs, l'ont fait apprendre à lire.

Le Loup, par ce discours flatté,

S'approcha ; mais sa vanité

Lui coûta quatre dents : le Cheval lui desserre

Un coup ; et haut le pied. Voilà mon Loup par terre

Mal en point, sanglant et gâté.

Frère, dit le Renard, ceci nous justifie

Ce que m'ont dit des gens d'esprit :

Cet animal vous a sur la mâchoire écrit

Que de tout inconnu le Sage se méfie.

 

 

JEAN DE LA FONTAINE

 

Livre 12, fable 17

 

 

 

 

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